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Blog - Alain Garnier

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Notes & tribunes

le combat de géants : Microsoft rachète LinkedIn

Publié par Alain Garnier sur 14 Juin 2016, 11:07am

Catégories : #microsoft, #linkedin, #Réseau Social d'Entreprise, #reseau social, #monopole, #stratégie

Hier, la nouvelle est tombée et s’est répandue comme une trainée de poudre dans la socio-médiasphère : Microsoft rachète LinkedIn pour 26,2 milliards de dollars.

C’est une bombe dans le Landerneau numérique avec une des plus grosses acquisitions de ces dernières années… Une bombe qui remet Microsoft au centre de l’activité numérique et qui a par la même occasion éclipsée la conférence des développeurs d’Apple… À croire que c’était prémédité ! D’ailleurs, on sent que tout est une question de timing pour Microsoft. Depuis l’arrivée de son nouveau PDG en 2014, Microsoft n’a de cesse de prendre les bons virages pour remonter en tête de course et devenir le n°1 du numérique. Là où Apple est moins tranchant et où Google semble partir vers d’autres horizons : la santé, les transports, etc…

Mais revenons sur cet événement où les deux PDG posent fièrement ensemble : Jeff Weiner de LinkedIn et Satya Nadella, le patron de Microsoft.

Microsoft rachète LinkedIn. La photo de famille.

Microsoft rachète LinkedIn. La photo de famille.

Microsoft et le virage du cloud

L’annonce est claire : Microsoft rachète LinkedIn pour aider les individus et les entreprises à mieux travailler. Et LinkedIn apporte à Microsoft un complément d’un nouveau genre : celui d’un service Web et non un logiciel. Car oui, il faut reconnaitre que l'on connaît principalement Microsoft pour ses logiciels. Avec une prévalence pour le B2B plutôt que le B2C (même si Microsoft est aussi sur le marché du gaming).

  • Windows : l’indétrônable OS des PCs ;
  • Office Word, Excel, PowerPoint, et son équivalent Cloud Office365 ;
  • CRM Dynamics ;
  • L'annuaire AD ;
  • Les bases de données SQLServer ;
  • Les langages de programmation ;
  • L'environnement de déploiement Web ;
  • etc…

On connaît aussi Microsoft pour Bing, à la fois moteur de recherche et régie publicitaire. Mais reconnaissons que le revenu du géant de Seattle provient principalement des softs. Et pas micro si je puis me permettre cette bonne veille blague éculée…

Avec l'arrivée de Satya Nadella, Microsoft a su prendre le virage du Cloud : Azure, le socle pour contrer Amazon et Office365 pour faire migrer ses clients dans le cloud. Comme l’a très bien réussi Adobe en très peu de temps. Cette bataille, Microsoft est en train de la gagner car son parc migre à vitesse grand V et l’essentiel des entreprises PME / ETI / Grands comptes préfèrent Microsoft à son grand rival Google dans le Cloud.

Alors pourquoi aller se fourvoyer dans un achat qui semble aussi lointain ?

Bien joué Microsoft!

Bien joué Microsoft!

LinkedIn, une pépite dans les mains de Microsoft

LinkedIn est devenu un pivot central de la valeur B2B mondial. Débarrassé de ses rivaux (comme Viadeo qui vient de jeter l’éponge en France… quelle ironie !), LinkedIn est l’unique annuaire mondial à jour de tous les employés, indépendants et entreprises de la planète. De la donnée à l’état brut. La plus belle base de données B2B dont on peut rêver. Tant pour le marketing, le commercial, mais aussi la veille ou encore la R&D. Et sans autre concurrence.

En s’emparant de cette pépite en terme de données actionnables – j’y reviens dans la suite – LinkedIn met ses concurrents directs dans les choux. D’abord Google : le roi de la donnée qui n’a pas réussi le virage social et qui le rate encore une fois avec LinkedIn. Mais aussi SalesForce avec ses données CRM ou encore Oracle et SAP pour les process RH et achats.

Que va donc faire Microsoft de LinkedIn ?

Premier usage probable… le laisser comme il est pour qu’il continue sa course et ses services actuels : premium, recrutement, publicité etc… Comme jadis avec Skype. La marque va être préservée.

Mais cela n’est que le début. Voilà ce qui pourrait arriver, placé sous le signe de l’uberisation.

  • Un premier pilier est celui de l’uberisation du recrutement. On peut imaginer que pour des projets, Microsoft propose de constituer l’équipe idéale : à la fois constituée des personnes internes – qui sont déclarées dans LinkedIn et dans l’annuaire interne – mais aussi des externes qui viendraient compléter cette équipe. En un clic, un chef de projet peut donc recruter en interne comme en externe et démarrer son projet.
  • Un deuxième pilier est l’uberisation des fonctions de conseil et d’expertise. Imaginons que dans Office365, quand on édite un document, on puisse à tout moment faire appel à une expertise comptable, juridique ou technique. LinkedIn contient la base de données des compétences du monde entier.
  • Un troisième pilier est l’uberisation du marketing lead generation / commercial. Couplé à Dynamics, LinkedIn est une base complète des responsables et décideurs des entreprises. Pour le commerce B2B où la question est de détecter les besoins et de faire connaître son offre aux bons décideurs. On voit comment Microsoft pourrait faire un service qui permet de matcher la demande à l’offre, provoquer des rencontres business, … uniquement pour ceux qui sont équipés du CRM Dynamics…

Dans les trois cas ci-dessus, on voit comment Microsoft peut s’adjoindre un business model « à la AirBnB » basé sur la base LinkedIn comme pivot d’informations business entre les parties prenantes. Ce sont donc bien d’autres services que Microsoft peut imaginer : sur les achats, la qualité, la R&D et l’innovation, etc…

Et du coup, Google, SalesForce ou encore SAP n’ont pas cet avantage compétitif majeur et auront du mal à offrir le même service. Ce n’est plus de la technologie. C’est de la data. Et la data ne se « produit » pas par la R&D, il faut un service déjà implanté. C’est ce que propose LinkedIn avec une domination écrasante.

Dans notre monde des Réseaux Sociaux d’Entreprise (RSE), l’impact peut être très simple et très puissant : permettre à toute entreprise déclarée sur LinkedIn en un clic de créer le réseau social de l’entreprise à partir de tous les employés déclarés dans LinkedIn. Je me demande pourquoi LinkedIn ne l’a pas fait avant d’ailleurs… Sur cet axe, ce serait une grosse pierre dans le jardin de Facebook qui va dans ce sens avec Facebook@Work.

Autre effet de bord sympathique, le passage sur Azur des infras de LinkedIn donnerait une belle croissance et crédibilité au Cloud de Microsoft.

Et il y a aussi Pulse. La machine à contenu qui permet à Microsoft d’avoir accès à un média B2B universel.

On le voit. Ce rachat ouvre des multiples perspectives. Et Microsoft distance plusieurs rivaux d’un coup. Et je pense qu’on n’a pas fini d’en voir les impacts.

Une aventure opérationnelle attend Microsoft pour digérer LinkedIn

Une aventure opérationnelle attend Microsoft pour digérer LinkedIn

Vers un monde nouveau social-data ?

Pour moi, ce qui paraît évident, c’est que les dominants du numériques sont ceux qui ont non seulement du soft mais aussi des données agrégées centralisées. Google, Microsoft et Facebook : voilà les dominants de demain.

Car cela permet à la fois des calculs (Big Data) et de créer de l’intelligence globale (IA et consors). Mais aussi de permettre des fonctionnalités et services « tactiques » hyper utiles que seule une base de données permet. Comme Amazon qui a le stock des articles du monde. Microsoft vient de s’acheter le stock des CV et des parcours des personnes.

Un aspect plus « existentiel ». La force de Microsoft depuis le départ – souvent méconnue – est celle de « tenir » l’utilisateur. Par exemple la Stack Microsoft est la seule qui garantit la sécurité de bout en bout pour un DSI avec son annuaire : depuis l’OS, la base de données et le browser. Ceci explique aussi sa popularité auprès des DSI. Avec le rachat de LinkedIn c’est l’utilisateur dans sa vie publique (en tant que professionnel) que Microsoft vient de récupérer. C’est inestimable à long terme.

J’ai passé en revue les premières pistes que ce rachat permet. Et je ne doute pas qu’il y en aura d’autres.

Avec cette acquisition Microsoft porte des coups rapides à ses concurrents directs : Salesforce, Google et Facebook

Avec cette acquisition Microsoft porte des coups rapides à ses concurrents directs : Salesforce, Google et Facebook

Quels sont les risques ?

Comme toujours, un rachat est toujours une gageure. Et à cette taille les questions opérationnelles seront clés. On l’a vu avec le rachat de Nokia pour 7 milliards : une pure perte… Sauf que le PDG a changé et que Satya Nadella est beaucoup plus affuté.

Sur le prix, il faut voir que la surcote est aussi à un moment ou la cote de LinkedIn avait baissé…. donc le surprix n’est pas aussi incroyable que cela. Microsoft achète au creux de la vague. En ce moment dans la vallée tout le monde s’inquiète. Et le compte en banque de Microsoft est largement suffisant pour encaisser cela.

Cela crée surtout encore un ultra-monopole. À la fois du soft, et de la donnée. Et ça, c’est un risque pour nous tous. Individuellement bien sûr. Mais aussi d’un point de vue économique. Encore une fois, l’Europe est totalement absente de cette bataille. Et le revirement de Viadeo donne le ton. Dommage, encore une occasion ratée !

Quelle histoire ! On se croirait dans un épisode de Game Of Throne. Tout le monde a été pris de surprise. Et je pense qu’on va avoir des répercutions à très long terme de cette évolution du marché. Si on en juge par Skype (racheté en 2011) et intégré avec Skype for business en 2015… il faudra attendre quelques années pour voir la stratégie de Microsoft redessiner le monde numérique. Mais une chose est sûre : rien ne sera plus comme avant.

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Olivier Huck 15/06/2016 09:49

Merci. Tres belle analyse. Je me souviens d'une conférence avec le fondateur de Viadeo qui me disait que le Réseau Social d'Entreprise n’était pas un marché et n'avait pas d'avenir ....

Alain Garnier 15/06/2016 10:22

Comme il y a prescription... moi aussi j'ai eu cette conversation avec eux. Mais rien n'est perdu!

jean 14/06/2016 18:44

tres intéressant ! merci

Alain Garnier 15/06/2016 16:37

Comme quoi. Il faut rester humble toujours dans le business... surtout quand tout sourit!

Olivier Huck 15/06/2016 16:25

C’était il y 3 ans a Singapour et Dan Serfaty ne voulait même pas en entendre parler, le succès étant tel en Chine qu'il n'avait besoin de rien de plus.
je pense personnellement que c'est le seul avenir pour de telles "applications/sites". Cela devrait remplacer les utilisations internes du mail et des share apps.
Bravo, continuez.

Alain Garnier 15/06/2016 10:24

Et l'avenir leur a donné tort. Le marché du RSE avec Yammer puis Slack aujourd'hui et des boites comme Jamespot (dont je suis CEO) ou Knowledge Plaza ont une très belle progression!

Alain Garnier 14/06/2016 15:02

Pour ceux qui s'inquiètent du prix de 26Milliards de $.... Microsoft a 91Milliard en banque http://money.cnn.com/2015/05/11/technology/overseas-cash-tech/

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